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Nombres de points douloureux et autres symptômes...


👉 Aujourd'hui nous parlons de cette étude :

Tschudi-Madsen H, Kjeldsberg M, Natvig B, et al. A strong association between non-musculoskeletal symptoms and musculoskeletal pain symptoms: results from a population study. BMC Musculoskelet Disord. 2011;12:285. Published 2011 Dec 18. doi:10.1186/1471-2474-12-285


👉 Cette étude utilise les données de l’étude d’Ullensaker, une étude de cohorte centrée sur l’épidémiologie de la douleur musculosquelettique. Ullensaker est une ville de Norvège à une quarantaine de kilomètre d’Oslo. Les données ont été récoltés par questionnaire auprès de tous les habitants de sept tranches d’âges (24-26, 44-46, 54-56, 64-66, 74-76, 84-86).

👉 Des études précédentes ont permis d’établir qu’il est rare de décrire des douleurs musculosquelettiques (MSK) à un seul endroit du corps. Il semblerait que le nombre de sites douloureux pourrait soit fortement à la capacité fonctionnelle et serait un bon prédicteur d’incapacité à long terme.

De même, des symptômes sans explications médicales évidentes, souvent intégrés dans des syndromes spécifiques à chaque spécialité (fibromyalgie, colon irritable, fatigue chronique, dysfonctions ATM…) sont difficiles à interpréter et à prendre en charge. Souvent, une partie de ces symptômes sont communs à plusieurs syndromes.

👉 Les questionnaires utilisés dans cette étude sont :

- le « Standardised Nordic Questionnaire » (SNQ) qui interroge sur les douleurs musculo-squelettiques perçues durant les 7 derniers jours sur 10 régions différentes : cou , tête, épaule, coude, main/poignet, haut du dos, bas du dos, hanche, genou et cheville/pied.

- le « Subjective Health Complaints Inventory » (SCH) (13 items sur 29, ceux non couverts par le SNQ).

qui interoge sur la présence de certains symptomes durant les 30 derniers jours : palpitations, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, brûlures d'estomac, diarrhée, constipation, eczéma, fatigue, vertiges, anxiété, dépression et troubles du sommeil.


👉Les réponses sont codées de façon binaires (symptôme présents ou absents) et les scores sont obtenus en additionnant le nombre total de symptômes.

On obtient donc 3 scores :

- NPS (nombre de sites douloureux) noté sur 10

- NN-MS (nombre de symptômes non MSK) sur 13

- NPS + NN-MS sur 23.

Différentes analyses statistiques sont réalisées pour étudier le lien entre NPS et NN-MS en contrôlant pour les biais (notamment de remplissage des questionnaires), sur la base de 3227 répondants symptomatiques (52,9% des personnes interrogées). Les hommes, les groupes les plus jeunes et les plus âgés ont moins répondus et sont donc moins représentés.

👉 Les individus rapportant zéro NPS se plaignent en moyenne de 2 NN-MS. Ceux avec dix NPS ont en moyenne 8 NN-MS. La relation entre les deux semble assez linéaire avec un ajustement pour l’âge et le genre des participants.

Le nombre de NN-MS explique la variabilité des NPS d’environ 30% à eux tout seul. Certains symptômes individuels semblent avoir un plus grand pouvoir explicatif (vertiges) ou moins grand (eczéma).

La relation entre le nombre de NN-MS et de NPS est pratiquement linéaire, certains symptômes individuels étant plus (fatigue) ou moins (douleur thoracique) fréquents en fonction du nombre de NPS.

Dans le questionnaire, les NN-MS étaient notées avec un degré de gravité allant de « peu » à « sévère ». Inclure uniquement les symptômes modérés et sévères réduisait légèrement le pouvoir explicatif du modèle. Intégrer uniquement les symptômes sévères réduit à 17,5% l’explication de la variance des NPS par les NN-MS. Dichotomiser les réponses pour permettre l’exploitation des réponses peut toutefois introduire des biais.

👉 En conclusion, une part importante de la population rapporte un grand nombre de symptômes. Il y a une forte corrélation presque linéaire entre les NN-MS et les NPS. De la même manière, la prévalence des NN-MS augmente quand le nombre de NPS augmente.


💥 Attention toutefois, il y a de nombreuses limites à cette étude ! Malgré un gros échantillon, on a une mauvaise participation (environ 50%). On sait que les gens en meilleure santé sont de meilleurs répondant, et en même temps on peut penser que les gens qui ont des symptômes similaires à ceux étudiés seront plus motivés pour répondre. Il est donc difficile d’être sûr de la représentativité des répondants.

Le design de l’étude ne permet pas de se prononcer sur un lien de causalité entre NN-MS et NPS.

Les deux questionnaires utilisés pour les NN-MS et NPS ne posent pas la question des symptômes sur la même fenêtre temporelle : un sur la semaine, l’autre sur le mois. Cela pourrait influencer sur les résultats.

On peut craindre que les traits de personnalités influencent la façon dont sont rapporté les symptômes, mais ces mêmes traits influenceraient également leurs conséquences comme l’utilisation du système de santé, les arrêt maladie et les pensions d’invalidités. Dans le cas où ce n’est pas des traits de personnalités qui sont à l’origine de cette relation linéaire entre NPS et NN-MS, on pourrait envisager que ces symptômes partagent des facteurs causaux.

👉 A l’heure actuelle, on a un faisceau de preuves qui suggère que le nombre de symptômes pourrait être un indicateur générique de la santé ou du bien-être d’un individu. Plus d’informations sur le nombre « normal » de symptôme en population générale pourrait aussi aider les professionnels de santé à déterminer quand des investigations supplémentaires sont nécessaires.



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